DINO ZOFF
Le gardien du temple italien
Un roc, un bourreau de travail, un perfectionniste. Dino Zoff est lun des plus grands gardiens que la planète football a connu. Avec trois Coupes du Monde de la FIFA, dont une remportée en 1982, 112 sélections pour la Squadra Azzurra, et un record de 1142 minutes sans but encaissé avec lItalie, les chiffres parlent pour lui. Retour sur une carrière de légende.
Il passe ses journées sur les terrains de golf autour de Rome. «Le golf, la meilleure façon de gâcher une belle promenade» sourit-il en citant Churchill. Dino Zoff travaille son swing avec lapplication quil mettait dans les entraînements lorsquil était gardien. Sa vie et sa carrière sont le reflet de sa philosophie : «Tout ce que jai obtenu, cest grâce au travail.»
Fils dagriculteurs, il connaît depuis son enfance la valeur des choses. Cette mentalité est caractéristique de sa région natale, le Frioul, où les gens proches de la terre et de leurs racines sont pragmatiques. Un recoin dItalie modelé pendant des siècles par linfluence de lempire Austro-Hongrois: «Lendroit où je suis né, à Mariano Del Friuli, a longtemps été propriété des Autrichiens, explique Zoff. Lorsque ma grand-mère Adélaïde se rendait à Udine, elle disait : « Je vais chez les Italiens ».
Dhumbles débuts
Les «recettes» dAdélaïde ont joué un rôle fondamental. Non
seulement pour les bons conseils quelle lui prodiguait, mais aussi pour la «cure»
dufs quelle imposa à Dino afin de le faire grandir. A 14 ans, il avait
été rejeté aux tests dentrée de lInter de Milan et de la Juventus en
raison de sa taille trop modeste, à peine un mètre soixante. Il débuta donc modestement
à la Marianese, léquipe de son village, sans ne jamais penser que le football
pourrait devenir un métier.
Mais les huit ufs quotidiens quil avale le feront grandir de 33 cm ! En 1961, il a 19 ans lorsque lUdinese lengage. Il mesure alors 1,82m. Dino abandonne son poste de mécanicien mais ses débuts professionnels sont catastrophiques : il encaisse cinq buts à Florence. A la fin de la saison, le club est rétrogradé en série B et Zoff na joué que quatre matches. Lannée suivante, il commence à faire parler de lui et Mantoue lengage, lui permettant de retrouver la prestigieuse série A.
En quatre saisons (1963-1967), il émerge au niveau
national et vit mal son exclusion de la Coupe du Monde de la FIFA 1966 lorsque le
sélectionneur Edmondo Fabbri lui préfère Albertosi, Anzolin et Pizzaballa. «Il a voulu
éviter dêtre taxé de favoritisme» liquide Zoff. Fabbri provenait en effet de
Mantoue. Dino se console en rencontrant Anna-Maria qui deviendra son épouse et lui
donnera un fils, Marco, aujourdhui financier. La carrière de Dino Zoff frissonne. 
Le Milan AC sintéresse à lui mais le prix exorbitant demandé par ses dirigeants effraye le club milanais. Sa future destination est Naples : prix du transfert, 130 millions de Lires (68 000 Euros) et le gardien Bandoni envoyé à Mantoue. «Je garde un excellent souvenir de mon passage à Naples, une ville joyeuse» confie Zoff le «Friulano».
Jusquà la consécration
Cest justement devant le public de la ville parthénopéenne quil honore sa première sélection en équipe nationale le 20 avril 1968 contre la Bulgarie, une partie qui se termine sur le score de 2-0 et qui ouvre la porte des demi-finales du championnat dEurope.
Zoff se fait aussitôt remarquer par un arrêt sur Asparukov et décroche le titre à Rome après la finale répétée contre la Yougoslavie. Il devient champion dEurope après quatre sélections seulement. Il en totalisera 112 sous les couleurs de la Squadra Azzurra, un incroyable record battu il y a peu par Paolo Maldini. Il réussira également à ne pas prendre de buts pendant 1143 minutes, une performance saluée par la couverture de lhebdomadaire Newsweek qui le qualifie de «worlds best». Excusez du peu.
Lhistoire de ce grand gardien est intimement liée à létoffe
azure de léquipe italienne. Sa seule grande déception fut sa mise à lécart
du Mondial 1970 au profit dAlbertosi. Dino Zoff a certes gagné six «Scudetti»
avec la Juventus mais limage que retiendra le monde entier, cest la sensation
de sérénité quil dégageait lorsquil souleva le trophée suprême, la Coupe
du Monde, en Espagne, en 1982. A 40 ans. Un timbre spécial lui fut même dédié. Ce
titre fut la récompense dune carrière exceptionnelle, dun travail quotidien
méticuleux et une façon pour Dino doublier la Coupe du Monde de la FIFA 1978 où,
de son propre aveu, il na «pas toujours été à la hauteur».
Zoff a toujours su se motiver, repousser les années qui passent pour se fixer dautres objectifs ou défis. Que son caractère obstiné et fermé ne trompe pas : il aime la célébrité et la sensation dêtre protagoniste. A 20 ans il jouait déjà en Série A, à 30 ans il débarquait à la Juventus, à 40 ans il devenait champion du Monde. Les décennies nont pas de prise sur lui. A 60 ans aujourdhui, Zoff a encore envie dentraîner, denfiler un survêtement pour diriger un entraînement, de se remettre en question.
Il naime pas revoir les cassettes de ses exploits et se projette toujours dans lavenir. Zoff est un roc. Mentalement et physiquement. Il a disputé 570 rencontres en série A sans ne jamais perdre lenvie de jouer. A la Juventus, il aligna 330 présences consécutives. Ses 11 années à Turin (1972-1983) où il fut transféré de Naples pour 330 millions de Lires (170 000 Euros) et léchange de deux joueurs (Carmignani et Ferradini) lui ont permis de remplir son palmarès : outre les six titres en championnat, Zoff a conquis deux coupes dItalie, une coupe Uefa et deux finales de Coupe des Champions quil perdra à chaque fois : en 1973 à Belgrade contre lAjax et en 1983 à Athènes contre Hambourg.
Un guide sur le banc
«Il y a une seule chose contre laquelle je ne peux pas lutter, déclara-t-il ému le 2 juin 1983, cest lâge.» Zoff part à la retraite mais se réinsère immédiatement dans le monde du Calcio en acceptant dentraîner les portiers de la Juve pendant deux saisons. «Cétait un travail sans futur, trop limité pour moi» expliquera-t-il en acceptant de prendre la direction de léquipe nationale olympique. Il cèdera sa place avant les JO pour retourner à la Juventus, en tant quentraîneur principal cette fois.
Il démontre ses qualités de coach en remportant une Coupe dItalie et une Coupe UEFA ainsi quune troisième place en championnat. Trop peu cependant pour éviter dêtre remercié et de prendre la direction de Rome où lattend le poste de Président de la Lazio. En quatre ans, il participera au projet de cotation en bourse mais nhésitera pas à relever les manches de son costume trois pièces pour remplacer Zdenek Zeman et ramener le club de la 12ème place à la 4ème en 1997.
Zoff a toujours su se motiver, repousser les années qui passent pour se fixer dautres objectifs ou défis. Que son caractère obstiné et fermé ne trompe pas : il aime la célébrité et la sensation dêtre protagoniste. A 20 ans il jouait déjà en Série A, à 30 ans il débarquait à la Juventus, à 40 ans il devenait champion du Monde. Les décennies nont pas de prise sur lui. A 60 ans aujourdhui, Zoff a encore envie dentraîner, denfiler un survêtement pour diriger un entraînement, de se remettre en question.
A la recherche perpétuelle de stimuli, il saisit la chance unique de devenir sélectionneur national lorsque Cesare Maldini est remercié après son échec lors de France 98. LEuro 2000 lui échappe dun rien. David Trezeguet croise le destin de Dino et brise son rêve de consécration. Critiqué pour avoir choisi de laisser Zidane sans marquage rapproché, il se démet de ses fonctions deux jours après la finale perdue et repart à la Lazio : il obtiendra une 3ème place en championnat en 2000.
En 2001, trois matches nuls et une défaite contre Nantes en Ligue des champions lui ont été fatals, provocant son licenciement. Le connaissant, Zoff ne restera pas sur un échec. Il attend patiemment un nouveau rôle à jouer, un nouveau challenge à relever. Parce que la carrière de Dino Zoff ne sarrêtera jamais.
